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Représentant en mission
(Convention, 1792-1795)
Musée Carnavalet
© Photothèque des Musées de la ville de Paris

Représentant en mission

  « Tempête : au commencement de l'automne, quelque temps après la nomination de Laurent à la direction de la Maison, il y eut des orages violents, nombreux. Certains soirs, les éclairs illuminaient le haut de la fenêtre, brusquement découpée dans la nuit comme une imposte ouverte sur un couloir éclairé ; dans ces corridors invisibles, un dieu faisait rouler son char à grand bruit ; orage-opéra qui venait chercher le petit garçon jusqu'au fond de son lit pour l'obliger à bondir, s'élancer, tressaillir avec lui... Un matin, très tôt, bien avant l'heure du réveil et du bol de lait, cet orage familier entra sans même s'annoncer, sans allumer : un coup frappé en plein milieu de la pièce, avec tant de violence qu'il secoua les vitres, fit vibrer les cloisons de bois, en décrocha les gravures et le baromètre. Fracas de verre brisé. Aussitôt, des cris dans la cour, le cliquetis des armes. Puis toutes les cloches de la ville, et un chien en bas, un chien qui hurle à la mort... L'enfant, dressé sur son grabat, couvert de sueur, tremblait sans pouvoir s'arrêter.
  Deux heures après, il tremblait encore quand, précédés du nouveau gardien (frac bleu) et du porte-clés, deux visiteurs (plumets frisés, bottes à pompons) vinrent s'assurer qu'il était là. Il pensa (pour autant qu'il pût penser car il regardait surtout les pompons et le manteau rouge à parements d'hermine que portait un des étrangers, une fourrure qu'il aurait aimé toucher du bout du doigt, de la paume, caresser comme un chat, un chat d'Angora...), il pensa qu'ils avaient craint de le trouver blessé, puis crut comprendre qu'ils avaient seulement eu peur de ne pas le trouver. »

La Chambre, page 164